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Faut-il des funérailles nationales aux chanteurs méritants ?

Funérailles nationales de Victor Hugo (photo DR)

Funérailles nationales de Victor Hugo (photo DR)

L’idée vite s’insinue : il faut des obsèques nationales pour Aznavour ! En fait un « hommage national » comme il fut fait pour Johnny Hallyday, à ne pas confondre – c’est subtil – avec des « funérailles nationales » même si ça revient au même : c’est l’Etat qui paye l’essentiel. Certes, je ne vais pas dire le contraire, Charles Aznavour fut un grand de la chanson, un géant même, comme il y en a peu. Mais.

Mais, que je sache, Charles Aznavour, de son vrai nom Shahnourh Varinag Aznavourian, vivait depuis plus de quarante-cinq ans en Suisse. Pour des raisons fiscales : si la misère semble moins pénible au soleil, la richesse est moins coûteuse en Helvétie. L’ironie du sort veut que ce soit dans sa maison secondaire des Alpilles (France) qu’il fit de sa majesté la mort la rencontre. Ça peut et doit nous remettre en mémoire les errances de même nature du contribuable Jean-Philippe Smet. Célébrer coup sur coup deux exilés fiscaux semble cohérent dans un pays où seuls les riches ont sans risque le droit de tricher. Bien que le taux de TVA sur le disque reste invariablement à 20%, la défiscalisation est un sport national pour qui en vend beaucoup.

Mais les z’hommes politiques de tout bord aiment bien les actions un rien démagogiques et viennent de trouver là un nouveau gadget pour distraire le peuple : les obsèques nationales des illustres vedettes du chaud bizness. En conséquence, il faudra s’attendre à d’autres réjouissances : le trépas de Juliette Gréco qui, le jour venu, ne pourra échapper à cette nouvelle tradition. Sur les listes des promis et promus, pour faire bon poids, on ajoutera Mireille Mathieu, Michel Sardou et Sheila, la petite fille de français moyens dont de telles obsèques raviront les électeurs moyens. Je n’ose dire Renaud, mais il est vrai qu’il y a finalement peu du pastis à la bière…

Mais s’il est toujours bien de célébrer un chanteur défunt, jamais au même moment la chanson n’a été à ce point foulée du pied, méprisée, ignorée. Tant que la majorité des chanteurs en exercice en crèvent (dans le silence, eux), que les scènes et salles disparaissent au seul profit de Zénith et de SMAC qui les ignorent superbement et dont ce n’est du reste pas le format, que les rares subventions fondent comme neige au soleil, que contrairement au cinéma, au théâtre, à la photo, aux arts plastiques, nulle institution ne préserve, protège ni restaure cet art du peuple qu’est la chanson. Chanson qui a beau cartonner en prime-time sur les chaines publiques, n’empêche que tout est fait, consciemment ou non, pour la tuer. La chanson est-elle à ce point dangereuse ? Nos dirigeants, quels qu’ils soient, sont-ils à ce point cons et criminels pour sacrifier ce qui est la seule vraie exception culturelle française : sa chanson ?

Alors, on peut faire des funérailles nationales tant qu’on en veut. J’ai l’impression que ce n’est pas tant untel ou untel qu’on inhume : c’est la chanson en son ensemble à qui on donne ses dernières pelletées.

17 Réponses à Faut-il des funérailles nationales aux chanteurs méritants ?

  1. André Robert 2 octobre 2018 à 14 h 03 min

    Papier remarquable, rien à enlever, pas même l’ironie.

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  2. Vincent Barnich 2 octobre 2018 à 15 h 18 min

    Je suis d’accord, pratiquement à la virgule près. Le mot ‘pratiquement’ est peut-être de trop.

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  3. Marie GUYOT 2 octobre 2018 à 15 h 28 min

    Comme il est important d’aider les personnes qu’on aime quand ils sont vivants…. Il serait bien plus important d’aider les Artistes qui défendent des textes de qualité…plutôt que de leur retirer de plus en plus les lieux où ils peuvent se faire connaître! Les Médias qui les diffusent sont déjà suffisamment rares! Merci de ce Papier…et du travail fait chaque jour pour remédier au désert culturel que les incompétents au pouvoir accentuent dangereusement!

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  4. vincent rouge 2 octobre 2018 à 15 h 32 min

    « Malgré que » n’est pas très français … Et beaucoup de fautes dans beaucoup d’articles: l’exil pour Michel Kemper ! :)

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    • Michel Kemper 2 octobre 2018 à 15 h 49 min

      Le « malgré que » se discute mais j’ai changé pour vous faire plaisir… Est-ce là l’essentiel de votre réaction au sujet de cet article, Vincent ? C’est dommage. Pour ma part j’ai envie de chanter, comme le fait l’excellent Gabriel Yacoub, « Tant pis que l’exil », mais ça ne doit pas être très français… ;) Bonne journée !

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  5. Jean-Yves Joanny 2 octobre 2018 à 20 h 16 min

    C’est amusant, si je puis dire, je me suis réveillé ce matin avec « For me, formidable » dans la tête. Et comme il me manquait des bouts de ce superbe texte, je suis allé sur Internet pour le relire et voir une fois de plus comment Aznavour l’avait écrit. Là j’ai appris sa mort. Et je n’ai eu aucun mal à trouver la chanson, elle était partout. Merci monsieur Aznavour pour toutes ces chansons magnifiques. Quant aux « hommages » et aux obsèques nationales, j’adhère totalement à ce qu’a écrit Michel ci-dessus.

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  6. Jean Mouchès 3 octobre 2018 à 6 h 47 min

    Ben, il me semble, mais cela n’engage que moi, que les plus méritants chanteurs parmi ceux qui méritent vraiment, devraient se voir offrir des funérailles nationales de leur vivant.
    Pour décider d’une hierarchie dans la méritance, une sous-commission de l’Académie des Arts et Belles Lettres pourrait être créée…Non?

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  7. JEAN LOUIS LOUIS DESPEAUX 3 octobre 2018 à 8 h 29 min

    Chronique lucide et nécessaire ! Merci Michel.

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  8. Popp 3 octobre 2018 à 8 h 58 min

    oui l’exil fiscal, c’est une atteinte sociale à ceux qui restent : moins d’argent dans les hôpitaux, l’éducation, tiens et puis dans les conservatoires et écoles de musique, etc

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  9. Catherine Laugier 3 octobre 2018 à 11 h 03 min

    La SMAC La Constance à Aix-en-Provence doit ouvrir en 2019… Tandis que le Festival de la chanson française du Pays d’Aix voit sa programmation réduite, que tous les ans disparaissent en France des Festivals (qui n’osent plus s’afficher « chanson ») et que les MJC ferment les unes derrière les autres… dans le silence médiatique presque complet…

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  10. Gabriel Yacoub 3 octobre 2018 à 12 h 55 min

    « Tant pis que l’exil » est en français parfait. « Pis » est une forme ancienne de « pire »…

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  11. Isabelle Miller 3 octobre 2018 à 15 h 33 min

    Votre pertinence me plaît vraiment !

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  12. Jean Lapierre 3 octobre 2018 à 16 h 57 min

    Une précision : le texte de « For me formidable » n’est pas de Charles Aznavour, mais de Jacques Plante…

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  13. Vasseur Isabelle 3 octobre 2018 à 17 h 39 min

    Et oui… bien sûr tu as raison… tellement plus facile de s’occuper des morts que des vivants ! et tant qu’à faire de ceux qui feront couler un peu, beaucoup d’encre… comme tu dis ça occupe le peuple ! mais oui j’ai écouté ses chansons (bon Johnny moins sans doute, mais ma grand-mère n’écoutait pas Johnny !!)

    Moi j’ai écouté Jacques, Georges, Léo… j’ai pleuré au cirque d’hiver, je n’y ai pas vu de représentants nationaux et tant mieux !! d’abord Jacquot n’aurait pas aimé ça du « national ».

    Sa famille et Ses amis, voilà ce qui lui allait bien …

    Alors si Charles est (était) un bon artiste, sans conteste, y a t il besoin de lui faire cet hommage là ? J’en doute et merci de l’avoir si bien dit !
    Isabelle

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  14. Jo Torès 3 octobre 2018 à 22 h 31 min

    Merci pour tout ce qui est dit !
    Jo

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  15. CUFFI GEORGES 5 octobre 2018 à 11 h 50 min

    Tout à fait d’accord avec ce qu’exprime Michel dans son très bel article. Il fallait avoir le courage de le faire en ces moments d’idolâtrie ridicule où, comme pour Johnny ,on occulte absolument la rapacité financière de ces « grands artistes » adorant la France…mais vivant dans des paradis fiscaux.

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  16. Jerry OX 5 octobre 2018 à 17 h 58 min

    Tout est fort bien dit. la chanson se meure et personne ne vole à son secours…

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